12 Hommes en Colère
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12 Hommes en Colère

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cinema

Avant hier, on a regardé, mon petit frère et moi, un film qui s'intitule 12 Hommes en colère. Il s'agit d'un film de l'année 1957, à l'ère où cette forme d'art a connu une véritable révolution. Je trouve que les films d'avant les années soixantes - bien avant que la pensée postmoderne ne domine la scène créative - étaient profondément ancrés dans les valeurs humaines. Contrairement aux films de notre époque, qui, selon moi, sont pour la majorité des réalisations totalement démunies de sens, qui incitent à un cynisme démesuré et qui font de la condition humaine une anomalie à échapper à tout prix.

L'action de ce film se déroule entièrement dans une seule pièce d'un tribunal new-yorkais. À la première vue de la pièce, l'atmosphère fut déjà chargée de colère, sueur et d'un canicul estival quasi-infernal se dissipant par les fenêtres ; à une époque où la climatisation fit encore rêver les hommes. Les 12 hommes en question, et dont la majorité y était à contre coeur, mènent d'abord un vote qui aboutit à 11 hommes déclarant la culpabilité d'un jeune accusé de 18 ans contre un seul, Davis, qui lui vote innocent.

Devant cette déclaration peu attendue d'une part et son désavantage numérique d'une autre, tout le monde se précipite de lui demander sa raison ; Davis dit avec une sympathie assez particulière qu'il ne savait pas pour certain que le jeune homme était coupable, et devant la certitude de tout le monde, il ne pouvait absolument pas envoyer un potentiel innocent à sa mort avant d'en faire le sujet d'une discussion digne de son nom.

Alors la discussion fut longue, elle portait en elle tous les biens et les maux qu'un être humain peut bercer dans son âme ; tantôt le préjudice aveugle à l'égard d'un jeune garçon venant d'un quartier de "racaille", tantôt l'affirmation du mal qui lui est inné, tantôt la compréhension et tantôt la diabolisation. L'examination fut une obligation incontournable selon Davis, pour lui le jeune homme n'était qu'un enfant ayant souffert la majorité de sa vie, mais cela ne pourrait faire de lui un criminel, encore moins l'auteur d'un crime visant sa propre chair. Et il examinait alors le raisonnement, les arguments et les motivations de toute personne impliquée dans ce cas si important pour lui. Et petit à petit, il commençait à semer le doute dans les 11 hommes qui, quelques heures avant, étaient si certains de la culpabilité du jeune garçon.

Je vous laisse quand même imaginer la fin que, j'en suis sûre, la majorité trouvera assez satisfaisante.

Ce film est une belle aventure dans le vrai essence de la démocratie qui assure que la présomption de l'innocence est un droit fondamental de tout homme peu importent ses origines. Il était une sorte d'exercice philosophique et moral destiné à explorer le labyrinthe qui est la nature humaine. Il révèle notamment la complexité du monde intérieur de chacun d'entre nous, ce qui rend les situations de la vie presque impossibles à comprendre complètement. La vérité est, en conséquent, un effort continu visant la compréhension de l'autre afin de déceler ses motivations et actions.

Pendant la durée du film, j'ai bien regardé mon petit frère ; il était complètement absorbé par le raisonnement de chaque personnage. Il analysait leurs motivations, et on riait ensemble leurs inévitables contradictions. Je pense qu'on était tous les deux éduqués par ce film, dans le sens où, on sait bien à ce stade ce que "Avoir un doute raisonnable" signifie, et on ne veut certainement pas courir le risque d'être excessivement certains, car après tout, rien n'est certain dans ce monde.

Enfin, je vous recommande vivement ce trésor de film.

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